Baie-James : le Grand Nord Québécois, paradis des brochets géants

Juillet 2015

Située à près de 800 km au nord de Montréal, la région d’Eeyou Istchee Baie-James est bordée à l’ouest par la frontière de la province canadienne de l’Ontario, au sud par l’Abitibi-Témiscamingue et le Saguenay-Lac-St-Jean et au nord par le Nunavik. La Baie-James est un immense golfe qui prolonge la Baie d’Hudson, la plus grosse baie du monde après la golfe du Bengale dans l’océan Indien. L’éloignement géographique et les conditions météorologiques extrêmes sont autant de contraintes limitant l’accès à cette région, où la densité de population est l’une des plus faibles du continent.

Le territoire des indiens cris s’étend du 49e au 55e parallèle et couvre à lui seul une superficie de 350 000 km2 (municipalité la plus étendue au monde, équivalent de la superficie de l’Allemagne), soit environ 600 km d’est en ouest et du sud au nord. En tout, cela représente un cinquième de la province de Québec.

Ce territoire de démesure, situé au centre-nord du Québec, se définit par l’immensité de ses paysages naturels et la riche diversité faunique et florale de la forêt boréale du Nord. Le réseau hydrographique compte une multitude de plans d’eau de toutes tailles dont, entre autres, les majestueux lacs Mistassini et Albanel où de nombreux poissons trophées se capturent à chaque saison. Ainsi, le lac Mistassini, creusé par le passage des glaciers, est le plus grand lac naturel d’eau douce du Québec avec une superficie de 2 115 km2. Véritable mer intérieure située à environ 350 km à l’est de la Baie-James, avec une longueur de 176 km et une largeur atteignant 40 km par endroit, le lac Mistassini ressemble à des marques de griffes géantes vues des airs. Mistissini, qui signifie « grand rocher » en cri, tient son nom du roc géant qui a servi de point de repère à d’innombrables générations.

Entourés de forêts, de lacs et de ruisseaux, la population Crie de Mistissini habite sur les bords du lac depuis plus de 5 000 ans. Longtemps avant l’arrivée des colons européens, les principales ressources des Cris de Mistissini étaient centrées sur la fourrure, les poissons et le gibier. Pendant des générations, la chasse, la cueillette, la pêche et le piégeage, ont occupé une grande place dans les activités saisonnières des Cris. Grâce à leur créativité et à leur ingéniosité, ce peuple a parcouru et apprivoisé cet immense territoire en y tirant l’essentiel de sa subsistance à partir de la flore et de la faune présentes dans les eaux et la forêt. Les Cris se déplaçaient en suivant le cours des saisons et des migrations animales. Parmi le gros gibier, le caribou constituait leur proie favorite. Ils en tiraient non seulement leur nourriture, mais aussi les éléments essentiels à la fabrication des vêtements, des outils, des raquettes, des mocassins et du tipi. En été, la pêche bat son plein dans les baies côtières et les estuaires des rivières. À la fin de cette saison vient la période tant attendue de la cueillette des baies, des petits fruits et des autres plantes. Les Cris en tirent non seulement leur nourriture, mais aussi les éléments utilisés dans la fabrication des médicaments et de la teinture. Au fil des années, les Cris ont considérablement modifié leurs habitudes. Bien que certains Cris vivent toujours de la trappe et des autres activités traditionnelles de chasse de différents gibiers (castors, loutres, lynx, renards, ours, caribous), mais aussi de la pêche (truites grises, truites mouchetées et dorés), le modernisme a considérablement modifié le comportement de chasseurs. Obligés de parcourir de plus grandes distances, ceux-ci se déplacent maintenant en motoneige ou en véhicule tout-terrain, selon les saisons. En effet, la transformation importante du paysage provoquée d’abord par l’exploitation minière et forestière, mais surtout par la construction des gigantesques installations hydroélectriques et des routes depuis le début des années 1970, a sensiblement affecté la vie quotidienne des Cris et leurs déplacements pour les activités saisonnières.

Peuple fier, il s’efforce de maintenir ses coutumes ancestrales et sa langue, tout en permettant aux membres de ses communautés de profiter des bienfaits de la vie moderne, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’habitation. Il faut retenir que la culture crie est vivante, riche et unique : cuisine authentique, artisanat distinctif, récits ancestraux fabuleux et activités traditionnelles dans l’harmonie et le respect de la nature.

Située en plein cœur du lac Mistassini, sur l’île Guillaume Couture, la pourvoirie Aigle-Pêcheur accueille chaque année une poignée de pêcheurs amoureux des grands espaces dans l’un de ses cinq chalets en bois rond. Le lac et la rivière Rupert regorgent d’omble de fontaine, de touladi (truite grise), de brochet ou de doré jaune.

La pourvoirie Osprey est l’une des rares à proposer des spots où les brochets monstrueux sont en nombre impressionnant. Cette destination unique a tenu ses promesses, puisque j’ai pu y attraper 57 brochets (dont 40% de poissons au dessus des 80 cm) en 6 jours et notamment 4 brochets de plus d’un mètre. Peu de destinations dans le monde offrent de telles statistiques. J’ai vécu sur ce vaste territoire des moments inoubliables : je n’ai jamais vu une telle densité de brochets dans une même baie…

Après 8h de vol, nous parcourons depuis Montréal plus de 800 km en voiture en direction du nord et le fameux lac Mistassini, grand comme 4,5 fois le lac Léman et d’une profondeur maximale de 180 mètres.

A 100 km du village de Mistissini (le « gros rocher » en amérindien), nous rentrons en territoire indien Cree. Une zone administrée seulement par la population indigène. Nous déchargeons la voiture et rejoignons l’embarcadère où nous allons prendre un gros bateau qui nous permet de rejoindre le camp sur l’île Guillaume Couture, 70 km plus au nord. Il est constitué d’une douzaine de magnifiques chalets en rondin tous reliés par des passerelles en bois, le sol étant composé de différentes mousses très meubles.

Les zones au-dessus du fameux 51e parallèle, représentant près de la moitié du lac, sont interdites aux « hommes blancs », qui n’ont pas le droit de pêcher seul. Il est ainsi nécessaire d’être accompagné d’un indien Cree. Le midi, nos hôtes nous préparent un « shore-lunch » typique, à base de pommes de terre et de poissons fraîchement pêchés. Le doré (sorte de sandre nord-américain) et la truite sont les mets les plus appréciés des locaux, mais aussi des pêcheurs…

Des terres sauvages qui font partie de ces lieux exceptionnels mêlant paysages fantastiques, nature brute et animaux endémiques du Grand Nord.